2- Des centres relais, pour quoi faire ?

2-1 – Les sourds et le téléphone : témoignages de la vie de tous les jours

Des situations de discrimination

Micheline, 55 ans : « Je me suis abonné à un forfait Internet, mais je n’arrive pas à l’installer. Comme je ne peux pas téléphoner à la hotline, je suis obligée de faire venir un technicien qui me fera payer la prestation. »

Gérard, 56 ans, dit la même chose : « Les services après-vente sont de plus en plus uniquement joignables par un numéro en 0800, aucune possibilité pour moi de les contacter quand j’ai une difficulté. »

Karine, 33 ans : « Comment faire pour contacter le service de mise en opposition des cartes bleues ? Je me suis fait voler ma carte un week-end, j’étais seule et ma banque était fermée… »

Ariane, 32 ans : « Le téléphone marche, car c’est plus persuasif. En effet, bien que notre plombier sache que mon mari et moi, nous sommes sourds, il ne répondait pas à nos fax et à nos mails, si bien qu’il a fallu appeler notre beau-père pour qu’il fasse le messager…. Le plombier lui a répondu presque tout de suite alors qu’on attendait sa réponse depuis 3 semaines… »

Elizabeth, 50 ans : « Je suis actuellement à la recherche d’un emploi. Je ne peux pas téléphoner à mon ANPE ou à des employeurs potentiels, je vis un vrai calvaire. »

Même son de cloche chez Aurélie, 28 ans : « J’ai beau mentionner sur mon CV que je suis joignable uniquement par SMS, ça ne marche pas, aucun employeur ne fait l’effort de me contacter autrement qu’en essayant de m’appeler vocalement. Du coup, les postes sont plus facilement pourvus par ceux qui peuvent répondre directement au téléphone. »

Auréliane, 30 ans : « J’ai eu un entretien avec une RH de TF1 qui avait un poste en CDI à me proposer. Elle recherchait justement une personne handicapée avec mon profil, je tombais à pic ! Avec la RH, on s’est donc convenu qu’elle me contacte dans les jours suivants par e-mail ou par SMS pour me fixer un entretien à TF1 (j’avais bien noté « uniquement par SMS » sur mon CV). Des jours ont passé sans que je reçoive un mail ni un SMS de sa part… Mystère… Une semaine plus tard, je lui envoie un mail pour lui demander si je pouvais connaître la suite qui a été donnée à ma candidature. Ils ont cherché à me joindre par téléphone sur mon portable (et effectivement pendant ce temps-là, j’ai reçu sur mon portable des appels vocaux que j’ai forcément supprimés) et comme ils n’ont pas réussi, ils ont pris une personne valide… J’avais pourtant laissé sur mon répondeur un message disant que je ne suis joignable que par SMS. Ah la rage ! J’ai suis restée 4 mois supplémentaires au chômage avant de trouver enfin un boulot… mais en CDD ».

Philippe, 52 ans : « Comment joindre les numéros verts de prévention contre l’alcool, les violences conjugales ou le suicide ? »

Olivier, 37 ans : « Parfois, les services administratifs sont joignables par fax. Mais la réponse ne vient jamais rapidement, alors que par téléphone, on peut obtenir les renseignements immédiatement. »

Véronique, 34 ans : « Je suis bien obligée de demander à un collègue de prendre un RDV chez un gynéco (ma mère étant en vacances), j’ai de la chance que mon collègue ne m’ait pas posé trop de questions… Le gynéco ne prenant que des RDV par téléphone ! J’ai changé depuis et je ne choisis que les professionnels qui acceptent de me donner leur numéro de téléphone portable de façon à ne leur envoyer que des SMS. »

Jacky, 34 ans : « Je ne peux jamais me commander une pizza tout seul par téléphone. »

Valérie, 33 ans : « Je suis divorcée de mon mari, également sourd. En cas de problème avec mon enfant, l’école préfère appeler la belle-mère de mon enfant car elle entend au téléphone. »

Des mises en danger

Jessica, 24 ans : « Un soir, il y a quelques années, alors que j’étais toute seule dans le pavillon de mes parents, le salon a pris feu. J’ai foncé sonner chez le voisin pour lui demander d’appeler les pompiers. Il a d’abord eu du mal à me comprendre, il a ensuite voulu venir vérifier, sans oublier d’emmener son chien, il a dû faire le tour de la maison pour constater qu’il y avait réellement le feu et rentrer chez lui pour appeler les secours. Si j’avais pu téléphoner moi-même, cette perte de temps aurait été évitée, peut-être que la maison n’aurait pas été entièrement détruite… »

Armelle, 68 ans : « Une nuit, mon mari est mort dans notre lit. J’ai dû appeler mon fils entendant à 5 heures du matin pour qu’il vienne et comprenne la situation pour appeler les secours. J’aurais préféré qu’il ne voie pas son père ainsi. »

Anne-Marie, 40 ans : « Un jour, j’ai été prise de douleurs. J’ai demandé à mon fils de 11 ans d’appeler pour moi mon médecin. Le pauvre, il était tellement ému de me voir dans cet état qu’il n’arrivait pas à parler au téléphone ! »

Ariane, 32 ans : « Un jour, ma voiture a pris feu et j’ai dû me garer sur le côté de la route. J’ai dû appeler mon père par SMS au secours pour qu’il appelle mon assureur (j’ai du lui expliquer où téléphoner, donner mon numéro de cotisation, etc…). En retour, c’est l’assureur qui a appelé mon père pour qu’il me transmette la référence du sinistre. J’ai appelé aussi mon frère, toujours par SMS, pour qu’il vienne me chercher. Quand la dépanneuse est partie avec ma voiture, je ne savais pas où elle était, j’ai dû demander à mon père (encore !) pour qu’il rappelle la MAIF pour connaitre le garage où était emmenée ma voiture. Mon frère (qui est sourd) m’a ramenée chez moi… J’étais dans tous mes états, j’échappe à un accident de voiture qui aurait pu être grave et je me casse la tête pour un simple téléphone avec mon assureur !!!! Tiens, il ne faut pas oublier de demander à mon père d’appeler le garage ensuite… »

Pierre, 74 ans : « J’ai été victime d’une crise cardiaque. Ma femme, qui est sourde aussi, est sortie frapper à la porte des voisins pour leur demander d’appeler le SAMU. Les premiers n’ont pas ouvert leur porte, sans doute par peur… »

Là où le serpent se mord la queue

Auréliane, 30 ans, « Après avoir informé EDF, par fax puis par courrier, de mes nouvelles coordonnées bancaires ainsi que de ma surdité, je reçois un courrier de leur part, un mois après, m’annonçant qu’ils ont essayé de prélever le montant de la dernière facture sur mon ancien compte (qui n’existe plus !) et que comme cela n’a pas fonctionné, ils vont prélever sur la prochaine facture une somme forfaitaire pour non-approvisionnement du compte, si je ne leur téléphonais pas dans les trois jours afin de régler le problème. Pourquoi avoir attendu un mois et demi pour réagir ? Ils avaient sans doute cherché à me joindre par téléphone…
Je vais donc devoir prendre une demi-journée de RTT pour aller à l’agence d’EDF puisqu’elle ferme à 17h (et je bosse jusqu’à 18h) et que je ne peux pas téléphoner…
La même situation s’est renouvelée avec mon fournisseur Internet : on s’est échangé des mails, je ne sais combien de fois car j’avais un problème avec ma ligne ADSL à la maison, et ils me répondaient la même chose à chaque fois : « merci de nous contacter par téléphone au 08… » (0,34 E / mn !). Je leur ai demandé une adresse e-mail ou un numéro de fax mais rien à faire, ils ont continué à faire le perroquet.
Résultat : j’ai demandé la résiliation de ma ligne ADSL car je n’en pouvais plus. Je leur ai donc envoyé un courrier en recommandé. Un mois après, d’une part, je reçois un courrier de leur part me disant que comme je n’avais pas réglé la facture de septembre – que bizarrement, je n’ai pas reçue – ils ont suspendu ma ligne ADSL (qui avait donc apparemment continué à fonctionner!) ainsi que les avantages téléphone qui vont avec et qui sont sur ma ligne France Telecom – et voilà ! je ne peux plus envoyer de fax maintenant ! D’autre part, je suis passible de poursuites judiciaires. Et là, pareil, ils me demandent de les contacter par téléphone afin de résoudre le problème. Idem, je vais devoir prendre une demi-journée de RTT pour faire Paris – Vélizy puisque leur centre de paiements est situé là-bas et que je ne peux pas téléphoner.
»

Mathias, 42 ans : « C’était à Bordeaux. Je suis un jour tombé malade : 39,7 °. J’avais de la chance d’avoir le numéro de fax de la secrétaire de mon médecin traitant. Je lui en ai donc envoyé un pour lui demander si le médecin pouvait passer chez moi dans la journée. Plusieurs tentatives, toujours sans succès. Je percevais juste dans le haut-parleur de mon télécopieur un « allô ? » et un bruit de raccrochage. Je me suis donc résigné à sortir de chez moi et à aller chez le toubib. Et là, la secrétaire, quand elle m’a vu, a enfin compris que c’était moi qui avais tenté plusieurs fois de lui envoyer un fax. À croire qu’elle s’en servait seulement pour envoyer des documents mais pas pour en recevoir… ! »

2-2 – Des besoins confirmés par les présidents des associations représentatives des publics de personnes sourdes ou malentendantes

Françoise Queruel, présidente du BUCODES (Bureau de Coordination des associations de Devenus Sourds)

La création de centre relais est une nécessité absolue pour une réelle intégration et un vrai confort de vie des personnes devenues sourdes et malentendantes que le Bucodes représente, et nous sommes heureux que le projet de l’Unisda relaie ce besoin.

En effet, même si aujourd’hui différents moyens de communication qui nous sont parfaitement accessibles (fax, mail, SMS) sont rentrés dans les mœurs, il reste des situations où seul le recours au téléphone est envisageable :

  • à notre initiative, parce qu’aucun autre moyen de communication n’est disponible ; par exemple pour appeler un dépanneur, lors d’une panne de voiture nocturne sur une route de campagne…
  • mais encore beaucoup plus souvent, à l’initiative de nos correspondants ; soit qu’ils n’aient pas encore l’habitude de communiquer avec nous, soit que le téléphone reste leur moyen le plus naturel et le plus rapide de communication, beaucoup de personnes hésitent encore à utiliser fax, mail ou sms pour poser une question à laquelle ils souhaitent une réponse immédiate. C’est particulièrement vrai dans le domaine professionnel. Aujourd’hui nombre de personnes malentendantes ou devenues-sourdes ont encore recours à leurs collègues pour traiter des dossiers au téléphone, avec bien sur des risques de malentendus sur le plan professionnel ou d’agacements sur le plan personnel.
  • Enfin, dans toutes les situations d’urgence, le recours au téléphone reste la réponse la plus rapide et la plus rassurante (on est assuré d’avoir un retour immédiat) à une situation difficile.

La création de centres relais répondrait donc parfaitement à des impératifs d’intégration professionnelle et de sécurité personnelle pour l’ensemble des personnes devenues sourdes et malentendantes. Le recours à une technologie simple (avec des touches et caractères visibles) ouvrirait la voix de la communication directe aux personnes d’un certain âge qui peuvent être rebutées par l’usage des SMS ou des ordinateurs. C’est pourquoi le Bucodes appuie pleinement le projet de l’UNISDA.

Jacky Correia, président du Mouvement des Sourds de France

Dans les années 80, avait été créé par France Télécom et à titre onéreux par abonnement, un centre relais pour sourds et malentendants. Ce centre relais a cessé d’exister courant 2006. Aujourd’hui, il n’existe aucun service d’appels d’urgence téléphoniques adaptés pour les personnes sourdes ou malentendantes. Le Mouvement Des Sourds de France a, depuis longtemps, interpellé les Pouvoirs publics, attiré l’attention des élus de la Nation sur ce grave problème.

Avec les nouvelles technologies de ces 25 dernières années, l’arrivée du minitel dans les années 80 mais sa disparition annoncée prochainement, le téléphone portable en utilisant le système de l’écriture par SMS, le fax, la webcam par internet ou MMS, les personnes sourdes profondes et gestuelles ont maintenant les possibilités de communiquer par le texte, l’écriture ou l’image sans problème majeur. Il existe pourtant un obstacle qui n’a toujours pas été mesuré, c’est la prise de conscience de l’ensemble des personnes « entendantes ». Celles-ci ont banalisé, voire même vulgarisé à outrance, la communication orale à distance et de manière égoïste. L’apparition des automates téléphoniques de mise en liaison ou d’informations des usagers est la caricature extrême d’un principe de discrimination envers les personnes sourdes ou malentendantes. L’apparition des « numéros verts », censés améliorer la accès gratuits à certains services est aussi et encore un exemple de mépris envers les personnes handicapées de l’ouïe ou de la parole.

En cas d’appel d’urgence, pour un début d’incendie, d’une attaque cardiaque, d’un vol à son domicile ou d’une attaque corporelle sur la voie publique, les personnes sourdes ou malentendantes sont complètement désarmées. Ces personnes, possédant même un matériel de communication adapté pour communiquer ne peuvent faire aboutir leurs appels d’urgence car rien n’a été mis en place pour eux. La loi du 11 Février 2005 fait référence à l’égalité des chances et à l’autonomie des personnes handicapées, mais n’indique pas les moyens pour l’obtenir ou pour y arriver.

À l’initiative de l’UNISDA, il est demandé qu’un ou des centres relais de communication adaptée, d’accès facile et gratuit dans le rendu des services soient mis en place. Le Mouvement Des Sourds de France salue et soutient pleinement cette initiative.

Il est important dans un esprit de solidarité nationale, que cet interface de mise en relations et de communications relevant du devoir d’une contribution nationale au même titre que le 15 le 16, le 17 ou le 18, soit pris en charge financièrement par l’ensemble des abonnés des opérateurs privés de la téléphonie filaire ou portable comme cela se fait dans de nombreux pays étrangers.

Par son principe de Service public, l’État doit également y apporter sa contribution financière tout en donnant les moyens législatifs et juridiques aux personnes handicapées de faire valoir l’égalité de leurs droits et de leurs chances, par la participation et la citoyenneté des personnes handicapées.

La loi du 11 Février 2005 en donne le chemin. Il appartient maintenant aux différents acteurs concernés d’en assurer les moyens de manière pérenne.

Le Mouvement des Sourds de France soutenu par ses membres adhérents, les dizaines d’associations locales, départementales et régionales qui lui sont affiliées réaffirme sa volonté de voir véritablement s’appliquer les grands principes énoncés dans la loi du 11 Février 2005 et apporte son soutien indéfectible à l’UNISDA dans toutes les actions qu’elle entreprendra.

Ariane Bazureau, présidente de l’AFIDEO (Association Française d’Information et des Défense des sourds s’Exprimant Oralement)

Téléphoner reste un souci récurrent et insupportable, quand il s’agit de décommander un RDV chez un ophtalmologue (merci maman), de commander un taxi à minuit pour rentrer chez moi (merci l’amie), de faire un nouveau passeport (merci le collègue), de confirmer une réservation d’avion (merci la secrétaire), de prendre RDV chez le garagiste pour une vidange…

Les personnes sourdes sont lasses d’être dépendantes de leurs parents, collègues, amis et surtout des beaux-parents et de leurs enfants, pour téléphoner alors qu’il suffit d’un peu de volonté et de s’adapter à tous les outils de communication modernes qui sont à la disposition de tous : fax, mail, SMS … Mais le téléphone reste un outil incontournable : tous les jours, que ce soit dans le privé ou dans le milieu professionnel, les personnes sourdes sont exclues du fait qu’elles ne peuvent pas s’en servir.

Dans la majorité des cas, les personnes sourdes sont obligées de se déplacer en personne, elles sont souvent obligées de prendre un RTT, ce qui nuit à leur efficacité professionnelle, parce que les horaires d’ouverture des guichets étant souvent 9h-17h. Où est l’accessibilité ?

Comment mener ces démarches sans utiliser le téléphone ? C’est le plus souvent un parcours de combattant, une situation qu’on rencontre chaque jour, mais c’est quasiment entré dans nos mœurs comme un pis aller. Ce qui est triste, c’est que les sites web soit disant accessibles, destinés à apporter des informations ne sont pas à jour des informations correctes, ou donnent des numéros de téléphone non attribués. Le plus souvent, ils ne permettent pas d’information pouvant permettre une prise de RDV par fax ou par téléphone, dans le respect de la vie privée.

L’accessibilité du téléphone, quand le fax et le mail ne suffisent pas, elle n’est pas futile, elle est vitale !

André Cuenca, président de la Fédération ANPEDA (Association Nationale des Parents d’Enfants Déficients Auditifs)

Les parents d’enfants sourds et malentendants sont très (trop) souvent sollicités par leur enfant pour téléphoner, en leur nom, auprès d’un directeur, d’un employeur, d’un service social,…Le téléphone est un outil d’usage courant qui permet une réponse rapide et un dialogue que les e-mails et les fax ne peuvent remplacer. Les messages écrits permettent des échanges, mais le téléphone établit le dialogue qui entraîne un lien plus fort et réactif entre les gens et facilite la communication. Il n’est pas satisfaisant que les parents, lorsqu’ils le peuvent, servent d’intermédiaires; ce n’est pas la meilleure de permettre l’accès à l’autonomie de nos enfants.

Les centres relais ont le grand mérite de donner accès à un moyen moderne d’autonomie pour les personnes sourdes et malentendantes. C’est une des conditions importantes pour que la loi de 2005 « pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées » prenne son plein effet pour nos enfants. »

Guy Garnier, président de l’ALPC (Association pour la promotion et le développement de la Langue française Parlée Complétée)

L’ALPC s’attache à développer chez les enfants et les jeunes sourds, une bonne maîtrise de la langue française.

Ils peuvent actuellement bénéficier de technologies modernes : les SMS, Internet et la messagerie électronique leur permettent une certaine communication (dès qu’ils savent lire et écrire) avec leur entourage.

Le téléphone reste cependant un outil incontournable de la vie quotidienne auquel ils ne peuvent accéder dans de bonnes conditions, et ce, même s’ils bénéficient d’une réhabilitation auditive largement améliorée par les progrès technologiques (prothèses numériques, implants cochléaires, système HF).

C’est pourquoi l’ALPC soutient le projet de mise en place, en France, de centres relais, où les sourds pourront trouver un interlocuteur leur permettant d’échanger selon leur mode de communication habituel (LPC, transcription écrite, langue des signes).

2-3 – Des attentes entendues et relayées par les acteurs institutionnels du monde du handicap en France

Jean-Marie Schléret, président du CNCPH (Conseil National Consultatif des Personnes Handicapées) :

« La participation des personnes handicapées, élément essentiel de leur citoyenneté, inscrite au fronton de la loi du 11 février 2005 a pour condition déterminante l’accessibilité à toutes les dimensions de la vie sociale. La communication en constitue une composante majeure. Pour les personnes handicapées sourdes ou malentendantes, l’application du principe de non discrimination et d’accès à tout pour tous impose une détermination soutenue pour leur faciliter la réception des informations et l’accès à tous les moyens de communication. La communication téléphonique qui représente peut-être l’un des secteurs où les progrès technologiques sont particulièrement impressionnants, doit de ce fait figurer au premier rang des avancées en matière de compensation du handicap. Aussi convient-il de saluer l’initiative de l’UNISDA dont le projet ambitionne d’aller bien au-delà de la seule accessibilité des communications téléphoniques pour exercer un impact significatif sur le développement d’ensemble des technologies de communication utilisables par tous. »

Denis Piveteau, directeur de la CNSA (Caisse Nationale de Solidarité pour l’Autonomie) :

« Lors de premiers contacts informels, la CNSA a indiqué qu’elle était prête à étudier très favorablement la mise en place d’expérimentations évaluées de ces dispositifs, que ce soit dans la perspective de favoriser l’accessibilité des services des maisons départementales des personnes handicapées aux personnes sourdes ou malentendantes, ou plus généralement dans le cadre des travaux qu’elle a engagés sur les aides techniques au service des personnes handicapées ou en perte d’autonomie. »

Claudie Buisson, directrice générale de l’AGEFIPH (Association de Gestion du Fonds pour l’Insertion des Personnes Handicapées) :

« L’Agefiph partage votre intérêt pour un tel projet, dans la mesure où le téléphone constitue aujourd’hui un instrument de travail incontournable et que l’existence d’un tel dispositif permettrait aux personnes sourdes et malentendantes d’être plus autonomes dans leurs échanges professionnels. En effet, si l’accompagnement des personnes sourdes ou malentendantes par des interprètes est aujourd’hui une solution utilisée assez fréquemment par les entreprises, elle demeure ponctuelle, réservée à des situations de travail identifiées et doit être organisée à l’avance . Elle ne saurait couvrir tous les besoins de la personnes sourde au travail et en particulier n’est pas pertinente pour les conversations téléphoniques, alors que celles ci font aujourd’hui partie intégrante de la vie au travail. L’Agefiph se félicite donc de l’initiative de l’UNISDA en ce domaine. »

Martine Faucher, présidente du FIPHFP (Fonds pour l’Insertion des Personnes Handicapées dans les Fonctions Publiques) :

« Dans le cadre de mes activités de déléguée ministérielle aux personnes handicapées (ministère de la Justice), je suis chargée, entre autres actions de promouvoir l’insertion et le maintien dans l’emploi des travailleurs handicapés, j’ai pu mesurer, et déplorer aussi, combien il était difficile d’intégrer une personne sourde quelles que soient ses qualifications professionnelles.
Les travailleurs sourds nous mettent à mon avis dans la situation inconfortable d’être observés avec une acuité bien supérieure à la moyenne et devant notre incapacité à les comprendre ou être compris d’eux.
Cela nous prive tous d’échanges, soit dans le domaine du travail, soit à un niveau plus personnel, toujours très humains et enrichissants.
IL FAUT mettre tout en œuvre pour que la fonction publique cesse de se priver de ces collaborateurs de choix.
Je suis partante, à mon double titre, pour réfléchir avec vous et l’UNISDA aux moyens techniques à développer, comparer ou acquérir pour que la personne sourde ne se voit plus refuser un poste au seul motif qu’elle « ne sera pas capable de répondre au téléphone.
»

Marie-Anne Montchamp, députée du Val-de-Marne et ancienne secrétaire d’État aux Personnes handicapées :

« Malgré les avancées de la loi du 11 février 2005, les personnes sourdes et malentendantes restent trop souvent en France, à l’écart des systèmes usuels de communication. Les conséquences de cette situation sont le maintien dans l’isolement social, économique et parfois même affectif de ceux qui ne peuvent utiliser directement un média aussi répandu que le téléphone. Nous devons être attentifs au fait qu’aujourd’hui les messages les plus importants – messages d’alerte, messages d’urgence, messages sanitaires, relations administratives – s’échangent par la téléphonie et par la téléphonie mobile notamment.
Bien sûr, les messages texte constituent une possibilité mais qui, il faut bien le dire, limite la communication à une expression approximative et lapidaire, parfois totalement inappropriée.
L’innovation qu’apportent les centres relais, véritable moyen de compensation en matière de communication à distance mérite tout l’intérêt que lui porte l’UNISDA.
L’expérience internationale le montre, de façon très claire.
L’autre point marquant est que les centres relais participent de l’accroissement de l’offre de service à destination des personnes handicapées et qu’ils sont ainsi porteurs de croissance économique et d’emploi. C’est en conciliant ce double objectif d’inclusion sociale de nos concitoyens handicapés et de performance socio-économique que nous ferons vivre l’égalité des chances.
»

Jean-Marie Danjou, délégué général de l’AFOM (Association Française des Opérateurs Mobiles) :

« Dans le cadre de la mise en œuvre de la Charte d’engagements pour faciliter l’accès des personnes handicapées à la téléphonie mobile, signée entre les opérateurs de téléphonie mobile français et les pouvoirs publics le 10 mai 2005, l’AFOM suit avec intérêt toutes les initiatives qui vont dans le sens des engagements qu’a pris notre profession. Celle présentée aujourd’hui par Jérémie Boroy et l’UNISDA nous semble particulièrement significative, et d’une portée justifiant l’attention des pouvoirs publics. »

2-4 – Des préoccupations partagées par les principaux opérateurs de téléphonie

La coproduction par l’UNISDA du film « Téléphoner, un droit pour tous » a été rendue possible par le soutien financier de France Télécom, SFR, Bouygues Télécom et la mutuelle Intégrance.

François-René Germain, directeur de la mission pour les clients handicapés pour le groupe France Télécom :

« Le Groupe France Telecom a pleinement joué son rôle d’opérateur historique lorsqu’il a, aux côtés de l’UNISDA et de l’Institut National des Jeunes Sourds de Paris, mis sur pied le premier Centre de Truchement en France, en Septembre 1982, de façon à permettre la communication des personnes sourdes et malentendantes avec leur entourage familial, professionnel et avec les administrations. Dans le contexte français, à l’époque, peu de moyens de télécommunications existaient ; il n’y avait pas de mobiles, pas d’Internet, et il n’y avait aucun équipement de télécommunication par écrit pour les personnes sourdes. Le télétype, le Minitel Dialogue et le 3618 ont donc été les premiers outils de communication téléphonique, par écrit et en simultané, utilisés par les personnes sourdes, permettant ainsi au Centre de Truchement de démarrer.

Aujourd’hui, les innovations technologiques, la convergence des réseaux fixes, mobiles et Internet, ainsi que les nouvelles offres de produits et services permettent aux personnes sourdes d’être beaucoup plus autonomes et de réaliser beaucoup de communications qui n’étaient jusqu’alors permises qu’à travers le Centre relais. Pour autant, ces innovations ne permettent pas encore aux personnes sourdes et malentendantes de converser téléphoniquement avec leurs correspondants en temps réel et 24h/24, 7J/7 comme le font les utilisateurs du téléphone. Par ailleurs, l’ouverture du marché des télécommunications à travers la dérégulation a de plus mis l’ensemble des opérateurs sur un pied d’égalité dans ce domaine, même si le savoir-faire de France Telecom peut permettre plusieurs phases d’avance . Cette nouvelle configuration, réglementaire, économique et technologique sous-entend, dans le cas d’une création potentielle de nouveaux Centres Relais, l’implication de tous les opérateurs de Télécommunications, ainsi que celle des différents ministères compétents. »

Olivier Busuttil, directeur du développement durable de SFR :

« SFR reconnaît et assume sa responsabilité de faire partager à chacun, valide ou handicapé, les bénéfices de la téléphonie mobile et d’utiliser ses technologies pour améliorer la vie au quotidien. C’est la raison pour laquelle SFR soutient l’action de l’UNISDA, notamment dans la mise en œuvre de services et d’offres dédiées aux personnes déficientes auditives. »

Bouygues Télécom :

« Dans le cadre du partenariat initié autour de la charte sur l’accessibilité des personnes handicapées à la téléphonie mobile, il nous a semblé naturel de soutenir l’UNISDA dans son initiative. »

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