Accessibilité TV : courrier de l’Unisda du 27 octobre 2006 au Président de France Télévisions

Monsieur le Président,

Vos services organisent une réunion de concertation avec les associations représentatives de personnes sourdes ou malentendantes, le lundi 30 octobre, sur l’accessibilité de vos programmes, telle qu’elle est prévue par la loi du 11 février 2005, et nous vous en remercions.

Nous souhaiterions que cette rencontre soit l’occasion de faire le point sur l’ensemble des sujets sur lesquels nous vous avons sollicité dans nos précédents courriers.

Vos communications, votre budget et le COM : une concertation nécessaire

L’intervention de Thierry Bert, Directeur général de votre Groupe, devant la commission Culture et Handicap du 1er juin dernier, ainsi que le compte-rendu de votre audition par la commission des Affaires culturelles de l’Assemblée nationale nous laissent perplexes sur plusieurs points. Il ne fait pas de doute que le volume de programmes sous-titrés est en régulière augmentation sur les chaînes, mais vous faites état à la fois de difficultés techniques pour réaliser ce sous-titrage, notamment pour les programmes diffusés en direct, et de contraintes financières conséquentes.

Nous souhaiterions donc connaître la nature et l’importance de ces difficultés techniques (votre ordre du jour prévoit justement un échange sur vos récentes expérimentations de sous-titrage simultané) et le détail du coût du sous-titrage que vous réalisez et des différentes formes de sous-titrage que vous avez testées.

Par ailleurs, vous négociez actuellement avec les services de l’État votre futur contrat d’objectifs et de moyens. Ce contrat traduira vos objectifs en ce qui concerne l’application de la loi du 11 février 2005, en particulier l’accessibilité de la totalité de vos programmes d’ici 2010. Nous souhaiterions donc être consultés sur cette partie du projet de COM afin que nous soyons bien sûrs, France télévision et nos associations, d’avoir la même compréhension de la loi, car ce COM va engager sa mise en œuvre pour plusieurs années au sein de votre Groupe. Ceci devrait donc être effectué bien avant sa signature. Nous vous remercions de ce que vous pourrez mettre en oeuvre pour nous associer à vos échanges sur ce sujet.

Télématin sur France 2 : une concertation nécessaire

Suite à notre réunion avec les services de France 2, en juillet dernier, le flash info qui était diffusé quotidiennement en fin de matinée, avec une traduction simultanée en Langue des Signes et un sous-titrage, a été remplacé par la mise en accessibilité des deux flashs infos de l’émission Télématin depuis le mois de septembre dernier. Cette évolution a d’ailleurs fait l’objet d’une large communication de vos services. Ce changement va dans le bon sens, puisque Télématin bénéficie effectivement d’une audience non négligeable ; mais les remontées que nous recevons de nos publics font apparaître que le choix de se limiter à ces deux seuls flashs n’est pas compris, voire mal accepté, le reste de l’émission et des autres flashs n’étant pas accessible ! La demande principale reste l’accessibilité complète (sous-titrage et Langue des Signes) du journal télévisé du soir.

Par ailleurs la disposition des images -l’interprète étant enfermée dans un cadre peu visible – met, une fois de plus, en évidence la nécessité d’une collaboration plus régulière entre vos services et nos associations, en amont de tout lancement de nouvelles formules.

Vos expérimentations de sous-titrage simultané : une concertation nécessaire

Votre ordre du jour prévoit un premier bilan de vos expérimentations de sous-titrage simultané. Nous vous confirmons notre intérêt pour un bilan le plus détaillé possible et vous rappelons la nécessité d’associer nos publics au plus près de ces essais puisque leur expérience et leurs attentes vous sont indispensables pour déterminer le niveau de qualité à atteindre. C’est pourquoi nous renouvelons notre proposition de composer un groupe de travail permanent qui suivrait ces expérimentations et fonctionnerait en dehors de nos réunions qui sont plus formelles.

Enfin nous vous proposons, à nouveau d’envisager la réalisation, en lien avec nos associations, d’un référentiel de normes de qualité du sous-titrage, par type de programmes.

Le recours à la Langue des Signes et la suppression de la rediffusion de l’Oeil et la Main sur France 5 : une concertation nécessaire

Le recours à la Langue des Signes (traduction simultanée ou présentation directement en LSF) reste, selon nous, particulièrement insuffisant sur les chaînes, par rapport à l’enjeu de la loi du 11 février 2005, aux attentes de nos publics et aux pratiques étrangères. Comme rappelé plus haut, nous vous demandons, entre autres, d’envisager l’interprétation en Langue des Signes du journal télévisé quotidien du soir d’une des chaînes.

Par ailleurs, votre seule émission présentée directement en Langue des Signes Française, L’Oeil et la Main sur France 5, diffusée le samedi matin, bénéficiait auparavant d’une rediffusion le jeudi suivant. Celle-ci a disparu de la nouvelle grille de programmes, ce qui a provoqué la colère et l’incompréhension d’une partie de nos publics. Cette décision reste surprenante mais nous supposons qu’il s’agit là du résultat d’un problème temporaire puisque vous affirmez vouloir réaliser des efforts en la matière. Nous espérons en connaître les causes lors de notre prochaine rencontre.

Accessibilité des campagnes électorales : un impératif républicain

Nous vous rappelons votre responsabilité en ce qui concerne l’accessibilité à l’information politique et citoyenne. À l’approche des nombreuses échéances électorales de 2007 et 2008, nous vous demandons de bien vouloir rappeler aux chaînes de votre groupe qu’elles doivent rendre les campagnes électorales accessibles à nos publics, et ce, au-delà des strictes campagnes officielles.

La loi du 11 février 2005 porte justement sur la citoyenneté des personnes. Or, la citoyenneté se traduit d’abord par l’exercice du droit de vote. Pour nos publics, il importe donc qu’ils aient accès aux échanges politiques en période de campagne pour être en mesure d’exercer leur droit de vote et leur devoir de citoyen en toute connaissance de cause. Cela suppose que toutes les émissions d’information et de confrontation entre candidats soient accessibles à la fois par le sous-titrage et par la traduction en LSF, sans bien sûr qu’une quelconque contrainte technique ne puisse justifier que cela ne soit pas réalisé dès à présent.

Visibilité des efforts de France Télévisions en matière d’accessibilité

Nos publics regrettent de ne pas bénéficier facilement d’informations relatives à l’accessibilité de vos programmes, les périodiques de programmes télévisés ne reprenant pas souvent ces informations. Aussi, il serait opportun de faire figurer une mention spécifique à l’écran (avec le logo de France 2 par exemple) indiquant que le programme diffusé est sous-titré. Les bandes annonces devraient également mentionner le sous-titrage quand il est prévu.

Une campagne de communication de vos chaînes sur le sous-titrage que vous mettez à la disposition de nos publics serait utile. Beaucoup de téléspectateurs, notamment les personnes âgées, ne savent pas tous qu’ils peuvent bénéficier de ce sous-titrage directement sur leur téléviseur en passant par le télétexte. Quelques reportages, avec démonstrations, dans vos journaux télévisés pourraient contribuer à cette information.

DVD et programmes diffusés sur Internet : de nouvelles formes d’exclusion

D’autres sujets méritent également que nous poursuivions régulièrement notre concertation commune : celui des DVD par exemple. En effet, il arrive encore que votre Groupe édite des DVD de programmes diffusés sur votre chaîne et nos publics constatent régulièrement que le sous-titrage en langue française n’est pas disponible sur le DVD alors que lors de sa diffusion sur vos chaînes, le programme était sous-titré.

Vous développez votre offre de VOD, « vidéo à la demande » sur les sites Internet des chaînes de votre groupe. Comme pour les DVD, ce développement a été lancé sans prendre en compte les impératifs d’accessibilité, créant ainsi de nouvelles formes d’exclusion.

Nous espérons contribuer utilement aux réflexions du Groupe France Télévision sur ce thème et sommes convaincus de l’intérêt d’une logique « gagnant-gagnant » : à nous l’accessibilité de vos services, à vous une audience élargie !

Nous vous remercions pour votre engagement en faveur de l’accès des personnes sourdes ou malentendantes à l’information et à la citoyenneté.

Je vous prie, Monsieur le Président, de croire en l’expression de mes sentiments distingués.

Jérémie Boroy, résident de l’UNISDA.