Introduction

Malgré l’évolution louable des technologies, une personne sourde ou malentendante reste généralement en situation de handicap face au téléphone. Si des outils pratiques existent pour favoriser la communication, tels que le courrier électronique, les textos, la visio, les messageries instantanées ou encore les systèmes d’amplification, la grande majorité des correspondants entendants ne sont pas équipés de ces outils ou ne s’en servent pas de manière aussi naturelle que l’est un simple coup de fil. Aussi, c’est toute la vie personnelle, sociale et professionnelle des personnes sourdes ou malentendantes qui s’en trouve limitée.

Communications téléphoniques avec la famille, les amis, les collègues et l’employeur, les services d’urgence, les administrations, le médecin, les commerces, les services publics, le réparateur, la banque, l’école et le centre de loisirs des enfants, les services de renseignements ou après-vente, etc. : autant de situations dans lesquelles les personnes sourdes sont difficilement autonomes. La recherche d’un emploi ou d’un logement, la réponse aux petites annonces en général, sont aussi rendues difficiles. Par ailleurs, beaucoup d’employeurs sont encore réticents à l’idée d’embaucher une personne sourde du fait de ses difficultés de communication au téléphone.

Depuis quelques années, plusieurs pays ont développé des « centres relais » dont la fonction est de rendre accessible une communication téléphonique entre une personne sourde ou malentendante et son correspondant, de façon simultanée. La personne sourde joint le centre relais où un opérateur contacte le correspondant demandé et assure le lien entre les deux interlocuteurs, soit en langue des signes via une webcam, soit par une transcription écrite simultanée.

À l’heure où est envisagée l’application de la loi du 11 février 2005 (pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées), loi qui s’appuie sur le principe de l’accès de tous à tout et qui prévoit justement l’accessibilité des relations avec les services publics et celle des appels d’urgence, l’Unisda a fait de ce sujet une de ses actions prioritaires de l’année 2006.

Cette priorité s’est trouvée renforcée par l’annonce par France Télécom de la fermeture de son Centre de truchement expérimental, ouvert depuis 1982, et qui s’adressait à quelques dizaines d’usagers d’Ile-de-France.

Un comité de pilotage a été constitué par l’Unisda. Pendant six mois, il a régulièrement réuni des représentants de l’Unisda (chaque public concerné par la surdité y est présent : devenus-sourds, sourds signants, sourds oralisants), des personnes sourdes ayant des compétences dans le secteur des télécommunications et de l’image, et des personnes sourdes ayant des projets professionnels en la matière, ainsi que les représentants des professionnels tels que les interprètes en LSF, les codeurs en LPC et les techniciens de l’écrit. Ce comité, que j’ai eu le plaisir d’animer, s’est donné pour objectif de réaliser ce rapport sur le sujet tout en sensibilisant les pouvoirs publics et les acteurs concernés.

Ce document a vocation à ne pas rester figé mais à évoluer. Il n’a donc pas la prétention de donner le mode d’emploi à la mise en œuvre de centres relais en France mais se veut avant tout un outil de sensibilisation qui s’appuie largement sur l’expression des besoins des publics concernés.

Enfin, ces travaux sont également à lier au documentaire « Téléphoner, un droit pour tous » d’Agnès Poirier (26′ – 2006) que nous avons eu le plaisir de coproduire avec Point du Jour pour une diffusion sur France 5. Ce film porte sur les centres relais américains qui, même s’ils ne sont pas les seuls, restent un modèle en la matière. Aussi, la lecture de ce document s’envisage avec ce film qui est disponible sur Internet.

Bonne lecture et… à bientôt pour l’inauguration des futurs centres relais en France !

Jérémie Boroy, Président de l’UNISDA

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